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Interview pour le Magazine Mercado Latino édition novembre 2009
Magazine Mercado Latino. -Dr. Kishimoto, quelle est votre activité actuelle et où êtes-vous venu l’exercer ?
MAGIC.- Je suis actuellement en train de suivre mon troisième cycle universitaire en endoscopie digestive sur la prévention, la détection précoce et le traitement opportun des cancers gastro-intestinaux au centre national de cancérologie de Tokyo grâce à la bourse d’étude de la nippon foundation. Je fais également des recherches au centre de tomographie par émission de positons de l’hôpital universitaire de Dokkyo (Mibu, Tochigi).
MML.- Dr., pouvez-vous nous expliquer ce qu’est un cancer ?
M.- Le cancer est un ensemble de maladies se caractérisant par la multiplication incontrôlable de cellules anormales dans certains tissus du corps, lesquels indiqueront le type de cancer qui dépend de l’endroit où il commence : si c’est dans l’estomac il s’agira d’un cancer de l’estomac, si c’est dans le foie, d’un cancer du foie, etc.
RML.- Le cancer est-il une maladie mortelle ?
M.- Etre diagnostiqué d’un cancer au précédent millénaire était une sentence de mort. Cependant, les innovations technologiques de ces 10 dernières années ont permis sa guérison dans de nombreux cas. Néanmoins, sans un programme de détection précoce adéquat et un traitement approprié, les cellules cancérigènes peuvent migrer de leur point initial à d’autres organes, rendant leur bon fonctionnement difficile, et donnant lieu en phase terminale à un affaiblissement généralisé du corps ayant comme conséquence la mort.
MML.- Peut-on parler d’étapes dans cette maladie ?
M.-L’étape ou le stade décrit l’extension ou la gravité d’un cancer. Connaître le stade du cancer d’un patient est crucial pour définir le traitement adéquat. Ces étapes dépendent du type de cancer (certains sont plus mortels que d’autres), mais nous pouvons classer la majorité des cancers de la manière suivante: étape 0 (stade initial) et les étapes I, II, III ou IV (stades avancés). Faire passer des examens physiques, lire les scans, vérifier les résultats des analyses de laboratoire, s’informer des pathologies et interventions chirurgicales sont nécessaires pour une meilleure évaluation qui permettra de déterminer le stade qui correspond à l’avancement de la maladie et opter pour le meilleur traitement chirurgical, la radiothérapie et/ou la chimiothérapie.
MML.-Jusqu’où la médecine a-t-elle avancé dans la détection de ses premières manifestations ?
M.- Il existe plusieurs cancers dits « silencieux » (comme le cancer du pancréas), qui ne présentent pas la plupart des premiers symptômes, et il peut arriver que certains disparaissent en étant traités comme de simples rhumes, diarrhées, ou période de « stress ». Fort heureusement, certains d’entre eux sont détectés lors de campagnes de prévention et de dépistage telles que la mammographie, le test de Papanicolaou (frottis), les radiographies digitales, les tomographies avec multi-détecteurs, TEP, la coloscopie, l’endoscopie haute, les marqueurs tumoraux, etc.
RML.- Comparativement, comment la médecine japonaise et la médecine péruvienne réagissent-elles face à cette maladie ?
M.- La grande différence se trouve dans le programme national de prévention et détection précoce du cancer du Japon qui a permis d’une manière satisfaisante de réduire à 16.5% la mortalité par cancer de l’estomac qui atteignait les 50% de décès par cancer au japon dans les années 70 (référencée comme la plus élevée au monde). Bien qu’il soit évident que le Pérou présente également un taux de mortalité élevé à cause des « maladies de pays en voies de développement » (telles que la pneumonie et la tuberculose), la croissance économique soutenue que montre notre pays se reflète également dans une recrudescence concomitante de « maladies de pays industrialisés » (maladies cardiovasculaires et cancers). Ceci a encouragé les péruviens ces dernières années à exiger des compagnies privées d’assurance qu’elles incluent des programmes de dépistage, et que s’ouvrent également de nombreux centres alternatifs spécialisés dans la détection du cancer.
MML.- Quels sont les types de cancer les plus courants au Japon et au Pérou ?
M.- En 2006, le centre national du cancer (CNC) du Japon a fait connaître les cancers ayant le plus fort taux de mortalité chez les hommes et indique que le premier est celui du poumon, en second l’estomac, en troisième le foie, en quatrième le cancer colorectal et en cinquième celui du pancréas, en revanche chez les femmes le cancer de l’estomac est à la première place, en second les poumons, en troisième le colorectal, en quatrième le cancer du sein et en cinquième celui du foie :
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1er |
2nd |
3ème |
4ème |
5ème |
| Hommes |
Poumon |
Estomac |
Foie |
Colorectal |
Pancréas |
| Femmes |
Estomac |
Poumon |
colorectal |
sein |
Foie |
| Les deux |
Poumon |
Estomac |
Foie |
colorectal |
Pancréas |
Source: http://ganjoho.ncc.go.jp/public/statistics/backnumber/odjrh3000000vdf1-att/fig01.pdf
En 2004, Le ministère de la santé du Pérou a fait connaître les cancers ayant le taux de mortalité le plus élevé : signalant que chez les hommes le cancer de l’estomac est à la première place, le second étant celui de la prostate, le troisième du poumon, le quatrième du foie, et en cinquième le cancer colorectal. En ce qui concerne les femmes, le premier est également le cancer de l’estomac, en second le col utérin, en troisième le foie, en quatrième les seins et en cinquième le cancer du poumon. Comme nous pouvons le constater dans ce tableau (tableau n°2).
|
1er |
2nd |
3ème |
4ème |
5ème |
| Hommes |
Estomac |
Prostate |
Poumon |
Foie |
Colorectal |
| Femmes |
Estomac |
Col utérin |
Foie |
Seins |
Poumon |
| Les deux |
Estomac |
Foie |
Poumon |
Col untérin |
Prostate |
Source: http://www.minsa.gob.pe/portal/Especiales/2007/cancer/archivos/ESTADISTICAS.pdf
RML.-Quelles en seraient les causes apparentes ?
M.- Il est facile de savoir quelle a été la bactérie qui a causé une pneumonie, mais en ce qui concerne le cancer nous parlerons plutôt de facteurs qui augmentent la possibilité d’en être atteint, comme dans le cas du cancer de l’estomac dont les facteurs de risque se trouvent chez les personnes qui présentent une infection causée par la bactérie Helicobacter pylori, qui sont de sexe masculin, qui ont plus de 50ans, fument, consomment de l’alcool, ont des antécédents familiaux, sont d’ascendance asiatique ou hispano-américaine ; dans ce cas, la méthode de dépistage est l’endoscopie digestive haute :
| Cancer |
Facteur de risque |
Méthode de dépistage |
| Estomac |
Infection par la bactérie Helicobacter pylori, sexe masculin, plus de 50 ans, tabagisme, alcool, antécédent familial, ascendance asiatique ou Hispano-Américaine |
Endoscopie digestive haute |
| Foie |
Cicatrisation hépatique due à l’alcool, obésité, hépatite B ou C |
examen tomographique avec agent de contraste |
| Poumon |
Tabagisme, antécédent familial, inhalation de produits chimiques cancérigènes. |
examen tomographique avec agent de contraste |
| Col utérin |
Relations sexuelles à un âge précoce, promiscuité, relations sans préservatif. |
Papanicolaou (frottis) |
| Prostate |
Homme de couleur, plus de 60 ans, fermiers, employés d’une usine de jantes, exposition au cadmium et à la peinture industrielle |
Examen en laboratoire: Antigène prostatique spécifique |
| Sein |
Femmes âgées de plus de 40 ans, antécédent familial, menstruation précoce (avant l’âge de 12 ans) ou ménopause tardive (après 55 ans), alcool, nuliparité (ne pas avoir eu d’enfant), hormonothérapie pour ménopause, obésité, radiation |
Mammographie
Ultrason |
| Colorectal |
Polypes adénomateux, antécédent de cancer, maladie de Crohn, antécédent familial de cancer du colon ou du sein, colite ulcéreuse, Tabagisme, régime alimentaire riche en grasse et/ou viandes rouges |
coloscopie |
MML.- Quel rôle joue le stress ?
M.- Le stress psychologique affecte le corps de nombreuses manières, mais jusqu’à maintenant il n’a pas été prouvé scientifiquement qu’il existe une relation directe ente le stress psychologique et le développement d’un cancer… Plusieurs chercheurs ont suggéré que des facteurs psychologiques pouvaient affecter la progression d’un cancer (soit dans l’extension de la taille de la tumeur soit dans sa propagation) chez les patients qui en sont atteints.
MML.- D’un point de vue subjectif, que ressent le médecin lorsqu’il informe le patient de ce diagnostique ?
M.- C’est très difficile, surtout quand ce n’est pas le médecin traitant mais celui qui réalise l’examen de confirmation. Nous devons apprendre à soutenir le patient et les familles qui joueront un rôle important dans la lutte que ce dernier va mener. Nous ne pouvons jamais dire froidement : « Mr vous avez un cancer et seulement un mois à vivre… Nous sommes désolés mais nous ne pouvons rien faire pour vous…Infirmière, faites venir la personne suivante… » Si le cas du patient fait que médicalement nous ne pouvons pas lui apporter de soins, nous devons aspirer à lui offrir une meilleure qualité de vie.
MML- Quelle attitude peut-on attendre d’un patient face à ce diagnostique ?
M.- On doit toujours s’attendre à l’inattendu. Et pas seulement de la part du patient, mais également des membres de la famille. Ils discréditent plusieurs fois le diagnostique, nient la réalité, cherchent une seconde, troisième voire une quatrième opinion ; alors qu’en réalité le patient aurait pu commencer à un stade correct et opter pour un traitement adéquat afin d’améliorer ses chances de survie et sa qualité de vie. Le médecin doit être patient et gérer la situation afin de pouvoir les conseiller de la meilleure manière possible.
MML -D’une manière générale, le progrès de la science permet-il de dire que le cancer peut-être guéri ?
M.-Lorsque l’on parle de cancer, on ne parle pas de guérison, mais plutôt du pourcentage de patients ayant une espérance de vie supérieure à 5ans. Parler d’espérance de vie aide à faire comprendre au patient et à la famille que le cancer est une maladie qui peut présenter un risque de rechutes. A cause de cela il est important d’effectuer un suivi méthodique du patient qui a eu un cancer, suivi qui garanti également la surveillance desdites rechutes. Dans le passé, il était imprudent de communiquer avec un patient qui ne souffrait plus du cancer, mais grand nombre d’entre eux oublièrent leurs contrôles ou retournèrent à une vie les exposant aux mêmes facteurs de risque qui les avaient amenés à souffrir d’un cancer, un mode de vie qui augmente logiquement les risques de rechutes. Cependant, les cancers qui ont été détectés à leur stade initial sont guérissables avec un traitement approprié dans la majorité des cas. Pour plus de détails vous pouvez consulter ce tableau comparatif (tableau n°4) :
| Espérance de vie supérieure à 5 années chez les patients traités d’un cancer de l’estomac |
| Stade |
CNC – Japon |
Trujillo – Pérou |
| I |
91% |
47% |
| II |
81% |
45% |
| III |
54% |
9% |
| IV |
9% |
0% |
MML.- L’opération chirurgicale permettant l’extraction de la tumeur est-elle irremplaçable ou existe t-il d’autres formes de traitements qui puissent aider le patient ?
M.- Il faut toujours procéder à l’extraction de la tumeur quand cela est possible. Scientifiquement, une extraction appropriée du cancer offre une meilleure espérance de vie que d’autres techniques et leurs combinaisons. Lorsque, par exemple, le cancer du sein en est au stade avancé IV (inopérable) on soumet la patiente à un régime de chimiothérapie à de multiple fois jusqu’à ce que la tumeur puisse être retirée. Postérieurement, la patiente continue sa chimio-radiothérapie accompagnée de contrôles périodiques. Néanmoins, nous devons expliquer à la patiente que son espérance de vie est estimée par rapport au stade IV de son cancer et qu’elle a de la chance de réagir favorablement à la thérapie choisie et que cela dépend beaucoup du contrôle périodique.
MML.- Quels seraient les effets collatéraux de ces traitements et à quoi doit s’attendre le patient ?
M.- La plupart des traitements présentent la possibilité de voir autant se multiplier les cellules malades que les cellules saines, ce qui entraine des effets secondaires. Ainsi, alors que nous parvenons à tuer les cellules cancérigènes, il apparait simultanément un ralentissement de la capacité régénératrice des cellules normales. Par exemple, si un patient reçoit des médicaments contre le cancer du poumon, cela peut lui causer un saignement dans l’estomac, une chute de cheveux, stérilité, etc. Tout dépend du type de médicament, de l’extension de la radiothérapie ou encore de la durée du traitement.
MML.-Quelle est l’importance du régime alimentaire ?
M.- ll est indéniable que certaines thérapies peuvent provoquer des nausées, des vomissements et/ou une perte de l’appétit ; c’est pourquoi garder une alimentation saine constituée de repas nutritifs permettra au corps de se régénérer plus rapidement afin de supporter le traitement. Le régime alimentaire a donc la même importance qu’une supervision professionnelle adéquate et le soutien familial.
MML.- La foi et d’autres pratiques spirituelles telles que le yoga peuvent-elles aider les patients ?
M.- Cette question se rapproche beaucoup de celle sur le stress psychologique. Comme nous l’avons mentionné n’importe quelle pratique alternative supervisée et approuvée par l’oncologue traitant est recommandée afin d’améliorer l’état d’esprit du patient.
MML.- Quelles nouvelles thérapies existe-t-il pour améliorer les conditions de vie d’un patient souffrant d’un cancer ?
M.- A travers l’évolution technologique de la détection précoce du cancer, il a été constaté des améliorations dans la qualité de vie des patients. Par exemple, avant les patients atteints d’un cancer de l’estomac au stade 0 étaient soumis à des ablations totales, lesquelles assuraient leurs survies, mais les condamnaient alors à une vie comportant de sérieuses restrictions alimentaires. Depuis une dizaine d’années les japonais ont commencé à diffuser des techniques de résections des lésions précoces (restreintes aux muqueuses gastriques) par voie endoscopique, grâce auxquelles on extrait le cancer tout en permettant au patient de garder son estomac entier.
MML.- Quelle attitude doivent adopter les familles devant un patient avec une maladie de cette nature ?
M.- Les familles sont la première forme de traitement contre le cancer. Un patient qui n’a pas de soutien familial et/ou amical présente de moins bonnes chances de survie qu’un patient qui est accompagné lors de ses contrôles et traitements. En tant que médecins, nous devons toujours en tenir compte dans notre plan de travail.
MML.- Quelle est votre impression personnelle sur cette maladie et ses portées ?
M.- Mon père est mort d’un cancer du colon pendant mon avant dernière année de faculté. Malencontreusement le cancer a été découvert à un stade avancé, et il n’a pu survivre qu’un peu plus d’un an malgré d’épuisantes sessions de chimio-radiothérapie. De nos jours la médecine a développé des techniques coloscopiques pour la détection précoce des cancers colorectaux. C’est pour cela que je poursuis actuellement des recherches sur les méthodes alternatives à bas prix concernant le diagnostique endoscopique des cancers gastro-intestinaux. J’espère pouvoir transmettre à mon retour ce que mes professeurs m’ont enseigné ici, je pense que c’est la meilleure façon de les remercier de toutes leurs attentions.
MML.- Quels gestes ou façon de vivre recommanderiez-vous à nos lecteurs pour prévenir ce mal ?
M.- En premier lieu, ne pas mener une vie sédentaire et se reposer opportunément. Deuxièmement, manger sainement, tripler, au moins, le nombre de mastications par bouchée et savourez ce vous mangez. Prenez votre dernier repas au moins 4 heures avant de dormir. Evitez le surpoids, la nourriture riche en graisse (surtout le soir), les aliments en boite de conserve et/ou baignant dans le vinaigre (cornichon, choucroute, etc.) ainsi que les plats salés. Buvez suffisamment d’eau, consommez des fruits et légumes frais ainsi que des fibres alimentaires. Troisièmement, arrêtez de fumer ; ne permettez pas que l’on fume autours de vous et des membres de votre famille. Si vous maniez des produits chimiques ou du matériel cancérigène au travail, informez vous correctement et suivez les instructions de sécurité. Rendez vous à vos bilans annuels de santé.
Chaque femme ayant commencé à avoir des rapports sexuels devrait passer chaque année les tests de papanicolaou (frottis), apprendre à réaliser un auto-examen du sein et le pratiquer périodiquement comme une routine pendant sa toilette journalière (attention, le cancer du sein chez les hommes est peu fréquent, mais plus agressif que chez la femme). Les femmes ayant plus de 35 ans (sans antécédent de cancer du sein) doivent consulter leur gynécologue afin de passer une mammographie. Chaque homme ayant plus de 50 ans doit consulter pour un dépistage du cancer de la prostate. Toute personne âgée de plus de 50 ans devrait consulter afin de réaliser un dépistage du cancer de l’appareil digestif. Il est dommage que seuls les membres des familles de patients atteints d’un cancer et les personnes faisant attention à leur santé se tournent vers les systèmes de prévention et de détection afin de diminuer le nombre de mort chaque année.
MML.- Merci beaucoup Dr, pour toutes ces explications.
M.- Merci à vous. Et si vous avez une quelconque inquiétude vous pouvez me consulter à travers notre campagne contre le cancer gastro-intestinal : http://www.nikkeiportal.com/magic/
